Etre à la fois con et scientifique ? Les belles promesses des sciences & technos
#1
Je viens de tomber sur cette citation de Stephen Hawking, astrophysicien anglais, connu entre autres pour son travail de vulgarisation scientifique. Je l'en remercie vivement, car cela faisait longtemps que je parlais de la mentalité de nos dirigeants, du cul de sac où leur inconséquence les conduit, et donc de leur foi contrainte dans les progrès éternels et illimités de la science et de la technologie.

Cette citation est parfaite, elle illustre on ne peut mieux cette foi aveugle, irraisonnée et irraisonnable que les défenseurs de notre modèle économique sont obligés d'adopter. Sans cette foi, tout leur système s'effondre, ils se verraient alors forcés de reconnaître qu'ils nous mènent, non pas dans une impasse (car on peut toujours faire demi-tour et en sortir) mais bien droit dans le mur.

Stephen Hawking - Sciences et Avenir nº 729, novembre 2007 :
Si l'humanité veut avoir un avenir à long terme, il faut que son horizon dépasse celui de la planète Terre. Il n'est pas possible que nous continuions à nous regarder le nombril et à miser sur une planète surpeuplée et de plus en plus polluée. Cela va nous prendre du temps et des efforts, mais cela deviendra de plus en plus facile avec les avancées technologiques.



Avec pareil discours, soyons certains que cet astrologue, pardon, cet astrophysicien recevra de la classe politique et de nombreuses industries de pointe une grande attention, et donc un accueil enthousiaste des médias. En quelques mots, il dit exactement ce que ceux qui nous dirigent attendent, il apporte une caution scientifique à un système économique. Alors que bien évidemment, il parle ici comme vous et moi, en dehors de son domaine de compétence, sur un sujet qui le dépasse complètement et où sa compétence scientifique est nulle et non avenue. Mon boucher en est arrivé d'ailleurs aux mêmes conclusions, preuve que les connaissances en astrophysique ne sont pas les plus indispensables.

Soyons clairs.

Où nous acceptons comme un fait acquis la croissance sans limite de l'humanité et donc de son économie, ou pour être exact, on ne remet pas en question cette croissance et on n'en parle même pas, et oui, on est alors obligé de de demander ce qui va se passer lorsque nous aurons atteint puis dépassé les limites de ce que la terre autorise.

Où nous regardons la réalité en face, et nous savons alors très bien trois choses :

  1. Stabilisation et même décroissance sont parfaitement possibles ! La croissance de l'humanité n'a pas toujours été, il a été une longue période où la population humaine était relativement stable (OK, ça commence à dater), comme celle de n'importe quelle espèce vivante, et donc que bien évidemment, cette croissance peut fort bien se ralentir, et la population de stabiliser, voire décroître, et pour cela il n'est qu'à s'éloigner des astres pour revenir sur terre, là où les biologistes et les paléontologues nous montrent pour toutes les espèces vivantes ou ayant vécu, les fluctuations de population, les phénomènes de croissance et de décroissance ; la croissance sans fin de l'humanité n'est donc absolument pas un scénario que nous devons accepter, surtout pas quelque chose d'inévitable, et même pas forcément quelque chose de souhaitable ; nous pouvons donc imaginer de tout autres scénarios, de la stabilisation de la population humaine jusque pourquoi pas la décroissance, au risque de déplaire aux religions (particulièrement aux monothéismes) qui nous invitent à "croître et multiplier" ; ce premier point est donc à la fois une question de connaissance scientifique, de logique et d'imagination, et nos théoriciens de la décroissance ont suffisamment de ces 3 qualités pour envisager des scénarios parfaitement réalistes, réalisables, et même souhaitables

  2. Le scénario de la croissance sans fin est tout simplement intenable ! C'est là juste une question de logique, compréhensible par un enfant de 10 ans : lorsque nous aurons épuisé les ressources de la terre, puis des planètes proches, puis des galaxies proches, puis des galaxies lointaines, et pour finir de l'univers, que ferons-nous ? Nous serons alors encore et toujours dans la même situation, celle d'une logique de croissance incompatible avec la finitude de notre univers. Et moi que ne crois pas en ces voyages intergalactiques et lit tous les scientifiques et ingénieurs un peu expérimentés en parler comme d'une utopie, je vous le dis tout net. Nous n'aurons pas à attendre d'avoir colonisé, exploité puis détruit tout l'univers avant de faire face à cette question cruciale : sommes-nous prêts, face à la réalité qui ne cesse de nous montrer sa finitude et même sa fragilité, à cesser d'agir comme des enfants gâtés en quête de toujours plus de biens et d'espace, à cesser d'agir comme une espèce animale irresponsable, incapable de réaliser qu'elle a détruit tous les équilibres nécessaires à sa propre survie, de reconnaître que sa croissance maintenant aberrante est l'un des principaux obstacles non seulement à sa survie, mais à celle de l'ensemble de l'écosystème terrestre ?

  3. Enfin, il est un argument encore plus parlant : les arguments de nos experts scientifiques ou technologiques sont au mieux de la science-fiction, au pire du marketing pour attirer les investissements ! Aucun des arguments de ces soit-disant scientifiques (je dis bien soit-disant, puisqu'ils s'expriment en utilisant leur aura de respectabilité scientifique alors qu'ils parlent justement de ce qu'ils ne connaissent pas plus que vous ou moi), aucun des arguments des ingénieurs et techniciens de ces nouveaux domaines qui nous sont présentés comme pleins de promesses et amener à sauver l'humanité lorsqu'elle sera en difficulté (nanotechnologies, maîtrise du vivant, énergie infinie gratuite, et ne parlons pas des voyages intra- ou intergalactiques qui ont dans l'aile le plomb que leurs promoteurs n'ont pas dans la tête), aucun de ces spécialistes n'est capable de nous prouver qu'une seule découverte se fera bien et aura les résultats escomptés. Autrement dit, ils nous demandent de sacrifier le monde actuel en continuant à l'exploiter à outrance alors qu'aucune des solutions miracles qu'ils nous font entrevoir n'est à un autre état que celui de projet à long terme incertain, d'hypothèse hasardeuse, voire de pure spéculation. Il est déjà bien cher de faire traverser la moitié du pays à mon eau minérale, je ne vous dit pas lorsqu'il faudra la faire venir d'une autre planète... En admettant qu'elle arrive avant que je ne meure de soif, je crains pour la facture ! Attention à ce que je dis ou pas. Je ne dis pas que les recherches en nanotechnologies, énergie, génétique, etc. n'aboutissent à rien d'utilisable, au contraire, de nombreuses applications intéressantes en ressortent. Mais pas celles que l'on fait miroiter en prétendant que nous n'avons rien à craindre, que demain sera mieux qu'aujourd'hui, et que les sciences et technologies auront toujours une réponse aux divers problèmes de l'humanité. Il y a un large fossé entre la confiance raisonnée dans les nouvelles sciences et technologies et la foi scientiste qui n'est finalement qu'une religion de plus.


Des scientifiques qui, eux, restent sur leur terrain et...
en arrivent aux mêmes conclusions que moi ! Wink2

Nous avons un jardin, la Terre. Au lieu de cultiver ce jardin, de l'entretenir, de le respecter pour qu'il puisse durer aussi longtemps que possible, nous sommes prêts à le piller et à le rendre totalement stérile pour ensuite aller faire de même avec le jardin du voisin, puis d'autres encore, toujours aussi incapables de respecter la vie, l'environnement, l'équilibre naturel, dans une attitude perpétuelle de conquête et d'exploitation. Qui plus est, si d'autres planètes contiennent des ressources exploitables ou même sont habitables, elles seront sûrement déjà exploitées ou habitées par d'autres espèces. Nous allons alors recommencer avec les guerres, les conquêtes, la colonisation, l'exploitation des peuples ? Après le far west, le far space ? Il est peut-être temps d'arrêter de jouer aux cow boys, de devenir adultes, d'interroger notre mentalité, nos motivations, nos actions, de changer notre état d'esprit pour faire face ici et maintenant à nos responsabilités et aux conséquences, bien réelles celles-là et pas du tout spéculatives, de nos actions.

Ce sera très difficile, puisque les religions qui prônent le plus l'expansion et l'envahissement de la planète sont justement celles qui se sont répandues et ont envahi la planète, autrement dit, dire que la population humaine doit urgemment s'arrêter de croître et même décroître si l'on souhaite pour chaque être humain une vie décente, cela se heurte non seulement aux intérêts de la finance et des multinationales, mais les croyances d'une bonne partie de l'humanité.


Certains mal-pensants insinuent que nous sommes trop nombreux.
C'est bien évidemment faux !

Ce sera très difficile, car dans nos pays qui consomment et produisent le plus, nous avons tellement pris l'habitude de cette croissance que nous ne sommes même plus capables d'imaginer qu'un autre monde est possible, qu'un autre système économique est possible. Nous sommes même tellement intimidés par tous ces discours de politiciens et d'économistes confortés par des "experts scientifiques" que nous ne sommes même plus capables de penser que notre système actuel est voué à l'échec et qu'un système alternatif est non seulement possible, mais la seule solution réelle et durable, viable et enviable. Cette consommation sans cesse croissante est non seulement la clé de voute de notre système financier, elle est surtout dans la mentalité de presque tous les individus, des responsables d'entreprise comme dans celle des consommateurs dressés pour acquérir et consommer toujours plus. Il est sûrement plus difficile de déverrouiller les mentalités que de déstabiliser un système économique qui de toute façon va se déstabiliser tout seul, comme nous le montrent les crises financières récentes, et surtout celle qui va nous tomber dessus d'un moment à l'autre et ravalera la crise de 1929 à un simple éternuement économique. Déstabiliser l'équilibre psychologique et les croyances des gens qui adhérent à ce système est bien moins aisé, c'est comme dire à quelqu'un qui croit dans le paradis parce que cela lui permet d'accepter les deuils qu'il a traversés que le paradis n'existe pas, que c'est une foi que les individus se donnent pour faire face aux émotions pénibles que la réalité provoque. C'est vrai, mais cela ne sert à rien de le dire. Cela ne peut que faire s'effondrer la personne dont l'équilibre précaire repose sur cette croyance, et nous transformer à ses yeux en ennemi à éviter.


Quelques conséquences de l'utilisation des sciences et des technologies.
Si notre mentalité n'a pas changé d'un iota, comment pouvons-nous croire
que la façon dont nous utiliserons des sciences et technologies demain
résoudra les problèmes que notre façon de les utiliser à engendrés hier,
des problèmes que nous acceptons aujourd'hui sans nous révolter ?

Nous avons des sciences et des technologies extrêmement développées. A côté de cela, nous n'avons aucune maturité concernant nous-mêmes, notre existence, nos motivations et nos actions, et en particulier notre façon d'utiliser les sciences et les technologies. La vue d'ensemble nous échappe, notre rapport au monde, ce que nous faisons réellement, pourquoi nous le faisons, les conséquences de ce que nous faisons.... Les questions les plus essentielles que l'on se pose lorsqu'on a encore une vie spirituelle sont occultées dans notre monde consumériste. Incapables de nous regarder en face, de nous interroger, de nous comprendre, de nous mettre en question et de changer, nous tentons de nous convaincre que notre modèle de société reposant sur une croissance infinie est le seul possible, et nous nous condamnons à rechercher une réassurance dans les mirages que sciences et technologies s'empressent de faire miroiter, car ces mirages rapportent des milliards en investissement à certaines industries en même temps qu'ils confortent les financiers dans leur direction de la machine économique, et donc les politiques qui aujourd'hui ne sont plus guère que le relai de la finance et des grandes multinationales, chargés d'inscrire dans les lois leurs volontés en faisant passer la pilule à la population.



Le seul modèle économique que nous pensons possible est précisément le seul qui soit impossible. Et pour que notre esprit parvienne à admettre cette énormité, nous recherchons auprès des experts scientifiques ou technologiques non pas des réalités et des faits, mais des hypothèses, des spéculations et finalement des espoirs, plus qu'hypothétiques, franchement infantiles. Nous sommes quelque peu pathétiques, dotés d'à peu près autant de maturité qu'un enfant gavé de séries futuristes, et courrons ainsi à notre perte.

Et nous y courrons à vitesse... croissante, bien sûr !

Avec une excuse tout de même : la connivence entre des financiers et politiciens incultes et des chercheurs cupides, les premiers finançant les seconds et assurant leur médiatisation, les seconds "éclairant" les premiers et les confortant leur marche en avant. On peut voire cela comme l'escroc guidant l'aveugle tout en l'assurant qu'il est dans la bonne voie. Ou comme le despote rétribuant ou exhibant l'expert qui cautionne sa façon de diriger le monde. C'est juste un deal, chacun y gagne... sauf l'humanité bien sûr.



Et pour répondre au titre de l'article... Je ne connais pas personnellement Stephen Hawking. J'imagine que dans son travail d'astrophysicien, il est scientifique, intelligent, et peut nous en apprendre beaucoup. Mais lorsqu'il nous parle de l'avenir de l'humanité et des promesses technologiques, il n'est plus scientifique, et d'une intelligence somme toute ordinaire. Il est comme ces footballeurs que l'on met devant une caméra pour leur demander leur avis sur la politique. Il n'est plus sur son terrain. Il a laissé sa rigueur scientifique et son intelligence au placard du laboratoire, et nous parle comme le ferait... mon boucher que j'évoquais précédemment, et ne souriez pas, mon boucher n'est pas idiot. Il lit. Et de temps en temps, il comprend et retient ce qu'il lit, il peut vous parler longuement des dernières avancées des nanotechnologies ou des champs les plus récents de la recherche médicale.

Regardons les footballeurs s'exprimer sur leur terrain, ce qu'ils peuvent exprimer en dehors a bien moins d'intérêt que de réfléchir par nous-mêmes. Pareils pour les scientifiques, sachons reconnaître quand ils sont sur leur terrain et quand ils jouent "hors jeu"... ou sont en train de rechercher des fonds pour financer leur laboratoire et leurs dernières recherches toutes bien sûr plus prometteuses les unes que les autres.


J'allais oublier... Le bon sens !

Le bon sens est décidément la qualité la plus absente de notre mentalité moderne (je ne suis pas sûr qu'avant, ce fusse bien mieux, mais j'ai dans l'idée que des êtres humains dénués de bon sens ne seraient pas allés très loin sur la terre, face à des forces et des animaux plus puissants qu'eux). En l'occurrence, lorsqu'on est scientifique, donc un peu intelligent, un peu instruit, et que l'on constate que la terre est, je cite, "une planète surpeuplée et de plus en plus polluée", le bon sens n'est-il pas de dire que les problèmes sont bien la surpopulation et la pollution, et que ce sont ces problèmes qui doivent être traités au lieu d'être laissés tels quels en attendant de... fuir dans un ailleurs dont on ne sait ni s'il existe ni si nous aurons les moyens de l'atteindre. N'est-ce pas là où précisément l'intelligence, la science, la technologie, en l'absence du plus élémentaire bon sens, peuvent nous faire entrevoir des solutions très complexes, à la fois fausses (puisqu'elles ne traitent pas le problème et en engendrent d'autres) et impossibles (puisque tout le monde s'accorde sur leur infaisabilité actuelle et tous ceux qui n'ont pas d'intérêt en jeu sur leur vraisemblable infaisabilité future).

Montesquieu, qui mariait fort bien la culture, l'intelligence et le bon sens, disait ainsi :

J'aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers.


Lorsqu'on écoute ou lit nos politiciens, nos économistes, nos scientifiques et nos experts, on réalise souvent toute la justesse et la profondeur de cette formule.
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