Peut-on résoudre le problème du chômage ?
#1
Au travail, pendant que nous buvions notre café après le repas, un de mes collègues, dépité par l'accumulation de mauvaises nouvelles en cette période il est vrai un peu troublée, me demande :

"Est-ce que tu penses que l'on peut résorber le chômage ?"

Et moi, dare-dare, je prends la question telle quelle, j'y réfléchis un instant et bien sûr fonce droit devant, en m'appuyant entre autres sur les économistes "non alignés", alternatifs, "atterrés", en évoquant les communautés ou systèmes d'échanges alternatifs existants, ou encore les sociétés qui nous ont précédés, des sociétés traditionnelles aux sociétés pré-industrielles pour les opposer à notre monde néolibéral dirigé maintenant par la finance internationale...

Bien sûr que l'on peut répondre ainsi à la question. Mais était-ce bien là la vraie question ? N'était-ce pas plutôt :

"Pourrait-on, on conservant le monde tel qu'il est et sans que j'ai à faire le moindre effort et à remettre en question mes habitudes et mon confort, juste résorber le chômage ? J'en ai marre de ces mauvaises nouvelles, je voudrais pouvoir de nouveau dormir tranquille."

Et là, fin du débat. C'est non. Ou alors tu te trouves une baguette magique ou une boulette d'opium.

Si nous laissons le monde tel qu'il est, avec au pouvoir un petit millième de la population détenant l'essentiel des pouvoirs, la quasi-totalité des avoirs financiers mondiaux et s'empressant de mettre la main sur toutes les terres arables, toutes les mines, gisements, nappes, bref toutes les ressources de la planète, non le chômage n'a aucune raison de baisser. Sauf bien sûr là où il peut être avantageusement remplacé par un esclavage généralisé. Wink2


Vous avez tous remarqué que le dessinateur s'est planté avec sa rotation de 180°,
j'espère que cela ne vous a pas empêché de sourire.

Et si nous espérons que cette élite toujours plus puissante et toujours plus riche découvre d'un coup l'humanisme, l'altruisme, la compassion, c'est que nous sommes à la fois bien ignorants de la situation et de la mentalité de cette élite, et bien inexpérimentés, dépourvu de connaissances historiques comme de compréhension sociologique ou psychologique. Et un peu nigauds quand même, car ces individus dégoulinent de façon de plus en plus évidente de mépris. Dans l'histoire du monde occidental, nous constatons que les membres de l'élite qui ont été capables d'un regard sur le monde et d'une action politique désintéressés ne sont que des personnages d'exception disparus (ou assassinés) sans avoir le temps d'influencer profondément les mentalités et moins encore le cours de l'histoire.

Si nous espérons qu'un seul élément du système puisse s'améliorer alors que le système ne change pas, c'est que les principaux liens nous échappent, la logique économique, politique, sociale, tout ce qui fait que ce système est parfaitement cohérent. Le système actuel a été pensé, planifié, mis en place au cours du dernier siècle, et il fonctionne très bien... Tout dépend pour qui !

Il faut prendre conscience que tout ce que nous prenons aujourd'hui pour du progrès et du bien-être, l'essor économique du XXème siècle, n'est dû qu'à l'abondance des ressources et en particulier à la découverte du pétrole. Prendre conscience que cette période d'abondance est terminée, nous sommes depuis plusieurs dizaines d'années dans la phase de pénurie croissante, notre machine économique est maintenant en manque de presque tout, pétrole, métaux, matières premières. Pendant cette période d'essor, la finance pouvait s'enrichir sur le dos d'une économie productiviste sans que cela se remarque, il fallait produire, consommer, et donc travailler et avoir assez d'argent pour acheter tout ce qu'il fallait vendre et entretenir ce système consumériste dément. Aujourd'hui, avec cet ultralibéralisme de pénurie, le seul moyen pour la finance de continuer à s'enrichir est de spéculer sur les valeurs, elle n'a appris à s'appuyer de moins en moins sur la production d'un système industriel fatigué : à force d'optimisation industrielle (l'organisation "scientifique" du travail), puis de rationalisation financière, après avoir pressé le citron jusqu'à la dernière goutte, le seul gain qui semble encore possible est... de se débarrasser au maximum de la main d’œuvre qui coûte cher. C'est d'une logique imparable. Il n' y a plus de jus dans le citron ? Extrayons la chair ! Quand il n'y aura plus rien à extraire, on vendra les morceaux qui restent, les derniers actifs, locaux, équipements, matériels...

L'essentiel de l'humanité doit maintenant supporter la raréfaction des ressources et surtout (car la raréfaction des ressources à elle seule aurait une solution et même plusieurs) le pouvoir d'une petite caste. Un pouvoir aujourd'hui immense, plus grand que celui jamais conquis par un groupe au cours de l'histoire de l'humanité. Ce pouvoir lui permet de dicter sa volonté aux gouvernants, aux entreprises et donc aux peuples. Elle est riche, elle est puissante, elle est protégée autant qu'on peut l'être des ennuis judiciaires, financiers et du peuple mécontent, elle est portée par les médias et enviée par l'essentiel de la population, elle pense avoir assuré ses arrières. Cette caste n'a donc, dans sa situation, sa logique, sa vision du monde, aucune raison de changer quoi que ce soit. Elle dirige notre monde comme le gourou d'une secte, mu par son désir de pouvoir, illuminé par son idéologie et aveugle à tous les signaux que le réel ne manque pourtant pas de lui envoyer.

Albert Einstein, à la Fédération des Scientifiques Américains (1946) :Notre monde est menacé par une crise dont l'ampleur semble échapper à ceux qui ont le pouvoir de prendre de grandes décisions pour le bien ou pour le mal. La puissance déchaînée de l'homme a tout changé, sauf nos modes de pensée, et nous glissons vers une catastrophe sans précédent. Une nouvelle façon de penser est essentielle si l'humanité veut vivre.

[ Einstein parlait bien sûr de la bombe atomique et de la guerre, et non du chômage. Donc d'un problème incomparablement plus dramatique. Et sur ce sujet, il constatait déjà l'aveuglement des dirigeants et leur incapacité à agir de façon raisonnable. Le résultat est que nous en sommes toujours là aujourd'hui, et si en France on évite d'en trop parler pour ne pas contrarier notre lobby de l'énergie CEA+ENA, le risque de conflit "atomique" est toujours extrêmement élevé. Je dis ça car je connais plusieurs personnes qui face à cette citation, seront tentées de dire "Mais tu vois bien, les élites sont finalement raisonnables, la guerre atomique n'a pas eu lieu et tout ça c'est réglé, terminé". C'est cette extraordinaire capacité d'aveuglement (en France, aucune retombée radioactive de Tchernobyl) ou d'illumination (avec les fous qui dirigent la Corée du Nord), cette capacité à déconner grave qu'est celle de nos élites qu'il faut retenir de cette citation. ]

Quiconque a discuté avec un homme politique ou avec un personnage de pouvoir le sait : ils ont la vérité, ils ne doutent de rien, ils sont immunisés contre toute contradiction, vaccinés contre tout ce qui ose s'élever du réel et les contrarier. Quiconque n'a pas laissé son esprit au vestiaire avant d'allumer la télévision peut en faire l'expérience affligeante avec chaque débat politique.

Non gars, le chômage, si tu ne fais rien, n'a aucune raison de diminuer. Si en plus tu peux comprendre que le chômage, tant qu'il reste limité, ne menace pas l'équilibre social et ne fait pas de vague, est exactement ce que la finance et les grandes entreprises peuvent rêver de mieux, si tu peux réaliser que cette idée est simple et incontournable, alors tu commence à comprendre. Il n'est rien de tel pour faire baisser les coûts salariaux, principal obstacle à l'ultime rentabilisation financière des entreprises, et pour disposer d'une main d’œuvre obéissante, mobile et corvéable à merci. Si tu commence à comprendre que tout ceci est parfaitement logique, même si un peu inhumain, alors tu commences à entrevoir le merdier dans lequel nous sommes.

Nous pouvons résorber le chômage... Ouvre simplement les yeux, bouge-toi le cul, et ça ira mieux !

Et me dit pas que tu va encore voter pour eux aux prochaines présidentielle... Non, c'est pas vrai  ! Tu es vraiment incorrigible !

Ou comme le disait fort bien un de mes camarades de lycée, pas intellectuel pour deux sous, mais avec, comme disait Coluche, les deux pieds qui touchent bien par terre : "Et quand tu pisses sur tes pompes, tu te plains qu'il pleut ?"
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