Cultures d'antan, cultures actuelles
#1
Les nouvelles cultures

Depuis que l'humanité existe, les cultures étaient l'émanation naturelle des peuples humains, elles en étaient l'identité, elles permettaient la communication, la cohésion, la confiance, la solidarité.

Désormais, les cultures sont conçues, planifiées et instaurées par des minorités au pouvoir, ce sont des identités fabriquées, instaurées, proposées habilement aux peuples (pour ne pas dire "imposées", puisque ceux-ci ne perçoivent pas le tour de passe-passe, ne devinent pas les ficelles), ce pour autant que possible les diviser, les empêcher de communiquer, amoindrir la cohésion, la confiance, la solidarité.

Ces nouvelles cultures ont à un degré variable au moins 2 traits distinctifs :
  1. Au lieu de faire comme toutes les cultures précédentes, s'appuyer sur ce qui précède, le comprendre, le maîtriser, l'intégrer, puis bien sûr l'enrichir et l'adapter, ces nouvelles cultures procèdent par rupture, font largement table rase du passé, repartent parfois de presque zéro pour arriver à... pas beaucoup plus ; au mieux, la référence à ce qui précède est une fragile subsistance de la culture que l'on a reçue et que l'on est en train d'oublier, au pire un simple faire-valoir pour tenter de légitimer ce que l'on veut promouvoir ; de toute façon, les politiciens sont intéressés, les médias sont intéressés, les industries culturelles sont intéressées, des sponsors sortent comme par magie de néant pour nous aider à réussir, pourquoi s'encombrer du passé, d'un passé que l'on n'a souvent pas vraiment appris, pas vraiment compris, et pas beaucoup aimé ?

  2. Au lieu de créer des liens, de faciliter la communication, d'accroître la solidarité entre individus et entre groupes, elles accroissent les sentiments d'identité, les stéréotypes, les jugements manichéens (les bons et les méchants, les justes et les injustes, les coupables et les victimes, les oppresseurs et les opprimés), et donc elles rendent difficile les échanges humains, la compréhension mutuelle, compromettent les relations égalitaires (ou les relations tout court), elles font se replier les individus sur un petit groupe d'appartenance, voire sur lui-même dans un monde quasi-autistique. Elles sont le préambule aux conflits sociaux, conjugaux, familiaux, de voisinage, interraciaux ou interreligieux... Mari et femme ne se comprennent pas, d'ailleurs ils ne se parlent pas vraiment. L'adolescent se coupe complètement de ses parents pour être en permanence avec sa "tribu" (réelle ou virtuelle). Le breton (ou si vous préférez, corse, basque, catalan, alsacien) se met à ne plus voir que par "sa" culture et à rêver d'autonomie régionale.

Déconstruire les unités existantes, séparer les peuples, séparer les groupes sociaux (qui parfois n'existent par rien d'autre que par ces prétendues identités), séparer les générations, séparer jusqu'au noyau familial, le couple et la relation parent-enfant. N'avoir plus affaire qu'à des individus isolés, égoïstes autant qu'il est possible de l'être face à des pouvoirs sociaux et économiques implacables. Plus de syndicats, d'associations, de mouvements, même plus de famille, plus la moindre solidarité organisée, plus le moindre ilot de résistance.

Plus de "Nuit Debout" (en admettant que ces manifestations persistantes aient jamais réellement inquiété les pouvoirs), juste des individus à genoux, voire couchés.

Plus de peuples, juste des individus apeurés, résignés, dociles, soumis : le rêve ultra-libéral en passe de devenir réalité.

Ainsi en va-t-il de la culture par tranche d'âge, celle des "enfants", celle des "adolescents", celle des "adultes", celle du 3èma âge..., avec pour chacune ses usages, ses loisirs, ses médias, ses contenus.

Ainsi en va-t-il des cultures régionales, uniquement là pour dissoudre les nations trop gênantes pour le nouvel ordre économique mondial qui vise la main-mise totale sur le monde.

Et ne parlons pas des cultures des "minorités", de ces groupes qui se revendiquent farouchement une identité différente (et au nom de cette différence, des droits et des avantages que n'auront pas ceux qui n'appartiennent pas à ces groupes), les "femmes", les "LGBT" (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels), et autres originalités sociales et religieuses.


Et la culture bretonne ?

Amusant de découvrir ce que les bretons considèrent comme la culture bretonne, l'identité bretonne, est une pure construction du XXème siècle, tant au niveau de la langue que des contes, de la musique, des festivités. Le lien avec le passé n'est là que pour faire croire à l'authentique. Le "breton" tel qu'il est enseigné n'était pas parlé partout en Bretagne, il a fallu choisir entre les multiples dialectes et réapprendre une langue souvent oubliée. Les contes bretons tiennent plus des légendes celtiques que de des histoires véritablement du terroir. La musique bretonne avec son biniou et sa harpe celtique ? Il suffit d'écouter les plus anciens enregistrements faits sur le terrain dans la première moitié du XXème siècle pour découvrir combien les ancêtres appréciaient... le chant, le violon, la clarinette...

Nous vivons dans un monde culturel entièrement fabriqué, refaçonné, avec le sentiment de nos usages sont normaux, naturels, authentiques. Tel des pantins d'une grande mascarade savamment préparée, nous nous empressons d'exécuter les gestes voulus par un petit nombre de marionnettistes qui eux savent où nous devons aller.

J'aime bien les bretons, et si les plus bretonnants d'entre eux m'agacent un peu, la nouvelle culture bretonne n'est sûrement pas la plus dangereuse, elle n'est pas de celles qui rejettent le plus le passé, ni de celles qui isolent le plus les individus, ni de celles qui produisent les pires abominations. Et pourtant...

Par exemple, pour les ultra-libéraux aux commandes de l'Union Européenne, marionnettistes en chef, mais pas les seuls, ces cultures régionales sont une aubaine : elles permettent d'envisager la suppression des grandes nations comme l'Allemagne, la France, l'Espagne, l'Italie... susceptibles de s'opposer à cette marchandisation généralisée de l'Atlantique Nord au service de l'économie américaine et donc de sa puissance mondiale. Ces grands pays sont gênants, il sera beaucoup plus facile aux organisations supra-nationales de diriger l'Europe une fois ces nations disparues, de commander à ces peuples tant bien que mal unifiés au fil des siècle alors éclatés, réduits à autant de petits groupes sans importance puisque sans pouvoir. Les grandes banques systémiques attendent urgemment les pleins pouvoirs sur les nations européennes (ces pleins pouvoir sont presque acquis, mais si les grands pays quittent l'Europe, c'est foutu !). Les grandes entreprises inter/multi/trans-nationales attendent urgemment de pouvoir écouler librement tous leurs produits quelles qu'en soient les nuisances sur l'écologie ou la santé, sans plus aucun pouvoir capable de s'y opposer. Vive les cultures locales, à bas le diktat des cultures nationales ! Le nouveau découpage de l'Europe est déjà prévu, les nouvelles régions déjà découpées. Exit la France, enterré le risque de Frexit.


Un principe politique vieux comme le monde, appliqué à la culture

Diviser pour mieux régner.

C'est simple et il semble qu'on n'ait rien trouvé de mieux, surtout pour des pouvoirs qui n'ont finalement de force que celle de notre crédulité et de notre soumission. Les nouvelles cultures deviennent les instruments de cette stratégie. Quand on peut façonner les esprits, on n'a plus besoin d'un pouvoir fort, de l'armée ou de la dictature : dans des démocratie bien huilées comme les nôtres, les financements publics ou privés appropriés, une utilisation judicieuse des médias, et évidemment les bons programmes scolaires, se chargeront de forger les esprits, d'inculquer les bonnes bases culturelles. Surtout, occulter que notre société, c'est principalement une petite minorité de plus en plus riche contre une majorité de plus en plus démunie, et montrer que les problèmes sont ceux des régions riches contre des régions pauvres, des travailleurs contre des chômeurs, des fonctionnaires contre des employés du privé, des travailleurs immigrés contre des travailleurs français, des musulmans contre les non-musulmans, des jeunes contre des vieux (c'est martelé systématiquement quand on parle du problème de l'emploi), des femmes tyrannisées par des hommes, des étrangers exploités par des français. Effacer tout ce qui permettrait aux individus de se percevoir comme semblables, solidaires. Mettre l'accent sur cette formidable diversité, sur toutes ces différences, sur ces multiples minorités

Si nos cultures servent désormais à rompre avec nos véritables cultures (locales, ancestrales), à nous faire mépriser notre passé au point de considérer celui-ci comme un repoussoir (c'est très bien de le connaître, ça permet de briller dans les soirées mondaines, mais surtout non, ne pas y vivre !), si nos cultures servent à nous éloigner de tout ce que nos origines devraient nous faire aimer, si nos cultures servent à nous distinguer des autres jusqu'à les mépriser, à rompre les liens sociaux jusqu'au possible conflit, à nous replier sur nous-mêmes et un petit groupe et abandonner toute réelle vie sociale, alors soyons incultes et fiers de l'être.

Qu'on me comprenne bien. Je trouve parfaitement normal et même très sain de mépriser l'intégrisme musulman et même le Coran, qui s'il avait été écrit par Le Pen, aurait valu à celui-ci un emprisonnement immédiat pour incitation au sexisme, à la discrimination religieuse, à la haine et à la violence. Mais ce n'est pas une question de culture, c'est par simple humanisme. Tout comme nous pouvons trouver dans la Thora ou le Nouveau Testament des passages qui ne sont nullement là pour prôner la fraternité universelle et l'amour intime entre homme et femme. Et oui. Depuis 2 millénaires que des dirigeants veulent faire marcher des peuples au pas, les faire obéir aux ordres et attaquer ce qu'on leur désigne comme ennemis, cela fait longtemps que les cultures ont incorporé les germes de la division, de la distinction sociale, du mépris de l'autre et de sa soumission.

Les cultures du passé, notamment monothéistes, ne sont pas exemptes de tares. Mais les cultures factices que l'on nous vend aujourd'hui - je dis bien qu'on nous "vend", car n'oublions pas qu'elles sont aux mains d'entreprises privées très puissantes, d'Universal à Hachette en passant bien sûr par les médias français détenus par exemple par Bouygues, Lagardère, Dassault, Rothschild... et que la plupart d'entre nous sommes juste des consommateurs qui payons pour des "produits culturels", cinéma, télévision, internet, musique, spectacle... - ces cultures factices que l'on nous vend sont porteuses de fin de civilisation : déculturation de masse, décervelage généralisé, aliénation systématique. Elles peuvent conduire aux conflits entre les peuples (nous le constatons maintenant régulièrement en France, entre attentats, conflits de quartier, manifestations). Elles conduisent inévitablement à la soumission aux élites dirigeantes, parce qu'elles détournent notre regard du vrai problème, elles détournent nos accusations des vrais coupables (en tout cas des principaux coupables). Quand conflit et soumission ne vont pas de pair. Ne sommes-nous pas en train dans la société française d'assister à l'accroissement des tensions et des conflits, entre hommes et femmes, jeunes et vieux, chrétiens, juifs et musulmans, fonctionnaires et employés du privé, travailleurs et sans emplois, accroissement dont le premier bénéficiaire est l'élite dirigeante qui a encouragé ces divisions. Le Parti Socialiste n'a pas fait que d'accroître les différences entre riches et pauvres, il a largement participé à la création des ces cultures factices par lesquelles une majorité de jeunes se sentent autorisés à mépriser leurs ainés et tout ce qui les a précédé, une majorité de femmes à mépriser les hommes sous prétexte que ceux-ci avaient commencé, les minorités les plus diverses à mépriser la majorité responsable à leur yeux de tous leur maux. Non, le PS n'a jamais œuvré pour la solidarité, il a juste utilisé intensivement le vocable jusqu'à en faire oublier le sens (pardon si je parle ainsi du PS, j'ai fait partie de ceux qui croyaient en la justice et dans la paix, mais qui ont gardé les yeux ouverts). Il bel et bien a contribué à déconstruire la solidarité, en particulier en s'attaquant à ce qui est pour moi le plus précieux, le noyau familial, les relations dans le couple et entre parents et enfants (encore une fois, je renvoie aux discours édifiants de Vincent Peillon, ancien ministre de l'éducation, sur la façon dont l'école doit soustraire l'enfant à l'influence de ses parents, de son milieu culturel, pour faire de lui le bon citoyen tant attendu par nos dirigeants.


Une "vraie" culture ?

Une vraie culture s'enracine loin et fort dans le passé pour pouvoir en tirer toute la richesse. Une vraie culture est vivante dans le présent, elle ne nous demande pas d'être un consommateur passif, mais un acteur participant. Une vraie culture fait que se tissent des liens profonds entre les individus, elle leur permet de communiquer et de se comprendre, elle les faits se sentir solidaires et confiants, elle leur permet de vivre le présent avec une plénitude et de faire face à l'avenir avec un aplomb que ne peuvent imaginer ceux qui ont justement en ont été dépourvus. Une vraie culture permet de s'ouvrir au monde et aux autres, pas d'aborder autrui avec peur ou hostilité.

Une vraie culture prévoit des moments pour une vraie vie sociale, mais elle prévoit des moments pour discuter, décider et résoudre ensemble les problèmes de société, mais elle laisse aussi des moments, quand elle ne les prévoit pas, où l'individu est seul et peut réfléchir, méditer, avoir ce que nous appelons pompeusement une "vie spirituelle". Ces moments de réflexion collective ou individuelle sont essentiels pour forger des individus complets, consistants, dotés de valeurs morales et de capacité de jugement. Entre certaines sociétés où l'intelligence se déploie souvent de façon discursive et en groupe et d'autres où elle peut s'exercer de façon plus méditative et individuelle, ce point commun reste d'individus qui prennent le temps pour se couper du flot continu des évènements de la vie sociale pour réfléchir, en s'appuyant sur l'expérience et les valeurs du groupe. Ces sociétés ne sont pas des proies faciles pour les changements rapides que des politiciens ou des hommes d'affaire pressés voudraient imposer. Une vraie culture est potentiellement une énorme force de résistance à des changements qui ne sont pas dans l'intérêt de la société (à moins que nous nous permettions de décider à la place de ces primitifs de ce qui est dans leur intérêt ou pas, de ce qu'est le progrès et le bonheur).

Sinon, ce n'est pas une vraie culture, c'est du toc, de la mode, du vernis, un artefact récent qui n'a été créé par nous et encore moins pour nous (en tout cas pour notre bien).

Ou c'est quelque chose comme une culture, mais alors, quelque chose a poussé de travers ou a dégénéré, et bien des choses gagneraient être changées pour le bénéfice de tous, mais c'est un autre débat. 
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